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Beth et la Papesse

Publié dans Lettres hebraïques le 05/05/2021 par ludovic merlin
Le corps, indispensable support d’incarnation Pour effectuer le voyage de la vie, lorsque nous venons au monde, nous devons prendre un corps physique que nous abandonnerons à l’issue de la route. Ce corps, que l’on peut voir comme un véhicule sacré, est effectivement indispensable à notre mission terrestre. Derrière cette lapalissade se cache une évidence mystique, clairement exprimée dans l’évangile de Jean (1,14) : « Le Verbe s’est fait chair ». Le désir de vouloir habiter pleinement son corps, au travers de ses sens, de son souffle, de chacune de ses cellules est un véritable cheminement d’éveil qui comporte différentes portes et n’a qu’un seul but, celui d’élever son Être vers la lumière, la Source afin d’atteindre la paix et la liberté d’occuper dignement et simplement sa place sur Terre

Beth, un corps pour expérimenter le monde                                 

La lettre Beth est de valeur numérique 2. Elle est aussi la deuxième lettre de l’alphabet hébraïque, mais la première lettre du premier mot de la torah, « Berechit ». Par cette place, qui n’est nullement le fait du hasard, elle nous montre ainsi que, pour que le monde existe, il faut entrer dans les lois de la dualité et de la polarité.

Elle est donc la première lettre de la création. Avec Aleph, qui est l’unité, le monde ne pouvait pas être crée, mais avec Beth, le monde de la matière commence enfin à exister.

Dans le Zohar, il est dit que toutes les lettres se présentèrent devant le créateur pour être celle qui sera à l’origine du monde. Lorsque Beth se présenta devant le principe divin, ce fut elle qui fut choisie car elle était l’initiale du mot dont on se sert pour bénir en haut et en bas. La lettre Beth est, là aussi, la première lettre du mot bénédiction (berakah).

Puisque le monde qui est créé, l’est par une volonté divine, il est inévitablement béni par la source, et le fait de s’incarner, d’avoir une activité terrestre, humaine est aussi une bénédiction. En tant qu’homme, ce monde est une potentialité à apporter bonheur, joie et plénitude, mais cela va être à chacun de faire le chemin.

D’ailleurs dans la Genèse (2,15) il est dit que l’homme sera placé dans ce monde qui est un jardin à garder et à cultiver. C’est pourquoi un des sens de la lettre Beth est « la maison ». En tant que créature, issue du principe divin, le monde devient notre demeure, notre espace de vie temporaire, et nous devons nous employer à l’habiter pleinement.


Effectivement, la valeur numérique du Beth, qui est 2, nous place inexorablement dans la réalité de la dualité de notre monde, et par extension nous amène à la multiplicité. La conscience divine se retire en partie lors de la création du monde pour que celui-ci existe. Si l’unité vient expérimenter la conscience dans la multitude, cette multitude doit se sentir différencié de l’unité, d’où ce retrait de Dieu.

Mais avec ce retrait, vient nécessairement l’oubli temporaire, de son essence divine. C’est pourquoi la créature incarnée, amnésique de son essence, se retrouve soumise à des formes duales, différenciées (le masculin et le féminin, le chaud et le froid, le jour et la nuit, …).

L’âme humaine vient donc expérimenter la dualité, sa nature animale, pulsionnelle, terrestre en même temps que sa nature divine, spirituelle, consciente. La kabbale nous enseigne que l’homme est formé avec ces deux tendances, une tendance à retourner vers l’unité, lumineuse, et une tendance à se diviser et se perdre dans ma matière encore et encore, à rester dans l’oubli ou l’ignorance de sa véritable nature. Et ce sera ce cisaillement intérieur, ce frottement de l’âme qui mettra l’Être à l’épreuve et lui permettra de s’élever, de se transcender s’il le désire.

C’est pourquoi ce monde est une bénédiction, car l’homme porte en lui la graine de lumière, cette possibilité de vaincre ses mauvais instincts, ses pulsions, et Beth nous enseigne que dans l’espace et la temporalité du monde, de nos maisons comme de nous-même se trouvent des forces négatives, mais que nous avons aussi les capacités en nous pour les dépasser.

Calligraphiquement, la lettre Beth est ouverte sur la gauche, le futur, pour nous indiquer que nous avons un espace ouvert devant nous, c’est-à-dire une totale liberté de choix quant à nos actions à venir. Nous sommes des créatures dotées de libre arbitre. Ainsi nous pouvons expérimenter la tentation, nous laisser dominer par nos instincts de jouissance égoïste ou bien de choisir de les mettre au travail et de les discipliner, et de les transcender avec compassion, et amour véritable.

Cet état s’exprime aussi dans la calligraphie de la lettre Beth : Elle nous montre que le yod descend bien dans la matière, mais qu’elle est aussi fermée à droite, pour nous indiquer que l’on ne peut revenir en arrière. Le seul choix est d’aller de l’avant vers son devenir. D’ailleurs, dans la Téhima, le premier mouvement de Beth, symbolise « hineni » : Me voici ! Comme la réponse d'Abraham à Dieu pour indiquer qu'il était prêt à répondre à Son appel. J’avance le pied droit et ouvre le corps pour former avec les bras, la membrane de la cellule, la maison, le réceptacle du principe divin d’Aleph. J’accepte d’être incarné, j’accepte de naître au monde et de quitter la matrice divine, de jouer à ce jeu temporaire, matériel, cette initiation sensorielle et corporelle.   

Comme lors d’une naissance physiologique, je ne peux refaire le chemin inverse. Il n’y a pas de retour en arrière possible. Même si la nostalgie de l’avant, ce petit morceau de trait qui se trouve à droite du Yod qui descend, peut me faire croire que je n’ai pas choisi, entretenant un sentiment de déni d’incarnation, je me dois impérativement de commencer à marcher ce chemin terrestre.

Beth symbolise aussi la maison, le foyer, l’abri, l’intérieur, la vie de famille, le clan, dedans, intime, nourricier. Sur un plan plus concret, cette lettre nous fait prendre conscience de l’importance du lieu dans lequel nous résidons, où nous habitons. Nous avons le devoir de l'aimer, de le respecter, peut-être aussi de changer notre façon d'y vivre afin d’y accueillir la vie, la chaleur, la famille et le sacré. Dans la matière extérieure, la maison, comme dans la matière intérieure, notre corps, Beth symbolise la matrice qui va accueillir la présence divine invisible manifestée par Aleph. Où que je sois sur cette planète, je suis dans la demeure de l’Eternel, Je m’accorde la capacité à libérer en moi un espace pour recevoir la lumière divine.   

Toute parcelle de matière, que ce soit mon corps, comme celui de « l’autre » est un espace sacré, à chérir et protéger. Accepter d’entrer dans le Beth, c’est percevoir la création entière, animale, végétale, minérale, humaine comme un temple sacré, aux lois divines.

Beth : La Papesse                                       

Si Aleph est le principe divin, associé à la tonalité masculine, Beth en est sa matérialisation dans la matière, associé à la tonalité féminine. Le monde a donc été créé avec la dimension féminine, que l’on retrouve dans l’Arcane de la Papesse du tarot de Wirth.

Voyons ici le masculin comme l’information, le caillou que l’on jette dans l’eau, et le féminin, comme la matière qui s’assemble, se façonne selon cette information, l’onde de forme qui se répand à la surface de l’eau.

Notre monde incarné est ainsi le résultat de l´union entre le principe masculin et le principe féminin.  C’est pourquoi la Papesse est dotée d’un livre marqué du sceau du taiji, principe du tao, qui accepte les alternances et les complémentarités des cycles de la matière. Elle est méditative, le doigt marquant un passage du livre, qui repose sur ses genoux, comme si elle assimilait ou réfléchissait sur les connaissances de ce qu’elle venait de lire.

Tout dans cette illustration nous indique la dualité :    Le sol en damier noir et blanc, comme les couleurs du taiji, les deux colonnes de son trône, les forces sombres sur lesquelles elle est assise et sa coiffe aux différents niveaux de conscience. D’ailleurs cette dernière est composée de trois étages, comme les trois degrés de conscience abordée aux travers de ces lignes.

Remarquons ici la représentation des trois colonnes de l’arbre de vie, les guimel kavim, dont les deux piliers extérieurs, le Boaz et le Yakhin sont symbolisés par les deux piliers entourant le trône de la Papesse. Cette dernière incarnant quant à elle, le troisième pilier de la conscience. Ainsi tout en montrant que la dualité des deux principes sur laquelle est assise la Papesse, celui de la nécessité corporelle de l’expérience et celui de la liberté d’action ou libre arbitre de l’incarnation, est la condition incontournable de toute manifestation, elle indique clairement que dans ce monde polarisé, seul notre chemin de conscience, la troisième voie, servira à unir nos élans opposés.

Tournée, elle aussi vers la gauche, vers le futur, le devenir, elle vient d’un passé que l’on ne distingue pas et marqué par le tissu blanc tendu entre les deux piliers de la dualité, reste voilée à sa conscience. C’est un peu une naissance, le symbole d’un nouveau départ, qui suggère que l’existence n’a pas d’autres objectifs que de s’épanouir et de se réaliser.

La Papesse est assurément le reflet de notre quête intérieure. Car la femme, plus facilement que l’homme, a une capacité inhérente à sa nature à être en lien avec son intériorité, à remonter avec tranquillité et douceur vers la Source.
La Papesse, représentation symbolique de l’énergie de Beth, est la gardienne sacrée de la connaissance cachée, qui peut rendre cette dernière accessible aux initiés, s’ils découvrent en eux les étapes nécessaires qui mènent à elle.
Elle représente l’essence même de la matière où se manifeste le divin, le commencement de la création, elle est Ahava, l’amour. Elle est le féminin supérieur, à la fois passif et fécond, celui qui reçoit et qui transmet, qui accueille et qui nourrit, et qui nous enseigne par sa seule présence silencieuse, le paradoxe suivant : l’univers a-t-il une réalité en dehors du divin ?

En conclusion

Même si l’on ne peut que constater que tout est déjà là, que tout le principe divin exhale dans Beth, comme dans la Papesse, le chemin d’incarnation ne fait que commencer.  Les règles de la dualité de la matière, comme celle de la polarisation, sont offertes ici avec Amour, à peine évoquées au travers d’un voile de douceur. Le mystère de l’incarnation n’est encore accessible qu’aux seuls initiés et à leurs mots qui résonnent toujours des siècles plus tard : « Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu ? » Saint Paul, première lettre aux Corinthiens (3,6)

Pour ceux qui naissent au monde pour la première fois, l’éveil se fera petit à, petit, dans la compréhension et l’intégration des expériences. Goutte après goutte, Lettres après Lettres, Arcanes après Arcanes, le chemin en 22 étapes démarre.

Ainsi, au travers de l’expérience de Beth, la source divine, bien qu’annoncée de manière inhérente, reste hermétique aux yeux de l’homme. Seul Son cheminement humain et ses efforts constants vont lui dévoiler peu à peu le chemin de retour vers l’unité. En tant qu’homme, je dois descendre m’incarner dans un corps séparé du principe divin, dans la dualité, dans l’expérience concrète pour espérer pouvoir me réunir un jour à l’harmonie cosmique.

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