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Les archétypes de l'enfant - 4

Publié dans Psychologie le 19/04/2018 par Ludovic Merlin
Dernier volet de la psychologie du garçon: Le héros. Le quatrième des archétype du garçon, dernière étape avant le passage à l'âge adulte.

Le héros

Voici avec le héros qu’arrive le quatrième et dernier archétype du garçon.  Avec cet archétype, nous pouvons constater énormément de confusion, car il est généralement admis dans la société que l'approche héroïque de la vie ou d'une tâche est noble, mais ce n'est que partiellement vrai. Rappelons ici que l’archétype du héros n'est en fait qu'une forme avancée de la psychologie des garçons. C’est l’énergie qui caractérise le meilleur du stade « adolescent » du développement de l’homme, la forme la plus avancée des énergies masculines immatures.Le héros est animé par une aspiration métaphysique, quasi religieuse, de dépasser la condition humaine, de se dépasser soi-même, de se transcender, afin de rentrer dans le monde des hommes. A travers le héros, l’adolescent recherche le Père divin en allant se confronter aux pères humains, et va vouloir flirter avec le Thanatos, cette pulsion de mort qui habite chaque être humain.

Le téméraire

Le héros qui va être en excès de yang, en excès d’identité, va se transformer par moment en téméraire. Cet archétype va venir chercher à combler la blessure liée à l’emprise de la mère par une volonté incessante de prouver aux autres sa valeur et sa domination.
L’adolescent sous l’emprise du téméraire sera un solitaire, qui a en permanence quelque chose à prouver. Il n’attend personne et fonce dans l’action sans prendre la mesure de la situation. C’est une « tête brulée », un crâneur, qui fait cavalier seul. Ses stratégies sont conçues pour proclamer sa supériorité et son droit de dominer ceux qui l'entourent. Il revendique le centre de la scène comme son droit d'aînesse, et si jamais ses prétentions à un statut spécial sont contestées, il se met en colère.
Son intention première est d’impressionner les autres, qu’il cherche à intimider, en les assaillant d’une violence verbale ou physique. En fait, ces attaques visent à empêcher la reconnaissance de sa lâcheté sous-jacente et de son insécurité profonde.
Comme c'est le cas avec les autres archétypes masculins immatures, le héros est trop lié à la Mère. Il est enfermé dans un combat mortel avec le féminin, qu’il s’efforce de conquérir. Pour ce faire, il tente d'affirmer sa masculinité ou ce qu’il en fantasme, par tous les moyens.
Mais le téméraire a un sentiment gonflé de sa propre importance et de ses propres capacités. Le héros commence à penser qu’il est invulnérable, que seul le rêve impossible est pour lui, qu'il peut combattre l'ennemi imbattable et gagner. Pour cela, il prend des risques inutiles, et s'il est en position de leader, il exige le même comportement de ses hommes, qui vont finir par se rebeller. Mais si le rêve est vraiment impossible, et si l'ennemi est vraiment imbattable, alors le héros est en difficulté. Le sens de l'invulnérabilité, des fantasmes et des prétentions divines, ouvrent la porte à sa propre disparition. Avec sa prise de risque et sa concurrence immature avec les autres ainsi qu’avec ses remarques impétueuses, le téméraire va finir par se saboter lui-même. Ne sachant pas évaluer la situation avec justesse, il se « tire une balle dans le pied », ce qui l’emmène à sa perte.La chute du héros vient du fait qu’il est incapable de reconnaître ses propres limites. Ici nous retrouvons le concept de la Némésis comme avec le tyran en chaise haute ou avec le Monsieur-je-sais-tout. Un garçon dans cette ombre yang ne peut pas vraiment se rendre compte qu'il est un être mortel. Le déni de la mort, la limite ultime de la vie humaine, est sa spécialité.
En résumé, le téméraire se bat pour la promotion qu’il s’imagine devoir recevoir, pour être reconnu des autres, être reconnu comme un homme. Il veut conquérir le monde autour de lui, conquérir le féminin qui la chérit et dont il cherche à se défaire, mais sans avoir fait preuve d’humilité. Pour cela, il va marcher sur les personnes autour de lui dans l’insensibilité et l'arrogance, et finalement va se détruire, ridiculisé et chassé par les personnes qu’il ne considère pas.

Le lâche  

L’adolescent dans l’énergie du héros qui va être en excès de yin, en vide d’identité, va se transformer par moment en lâche. Cet archétype va venir chercher à combler la blessure de la déception liée à l’envahissement de la mère, et de la non présence du père par une réticence extrême à utiliser son agressivité naturelle pour se défendre.  
Le lâche manquera de motivation pour réaliser quelque chose d'important pour la vie humaine, il aura tendance à se laisser intimider aussi bien émotionnellement qu’intellectuellement. Il s'enfuira habituellement d'une bagarre, s'excusant peut-être en affirmant qu'il est plus « viril » de s'en aller, mais il se sentira ensuite misérable malgré ses excuses. Cependant, ce n'est pas seulement dans des confrontations physiques qu'il évitera de prendre sa place, mais dans tous les conflits, qu’ils soient verbaux, mentaux ou émotionnels.
Comme il est incapable de se sentir héroïque avec lui-même, le garçon sous l’influence du lâche s’effondrera psychologiquement si quelqu'un d'autre est exigeant ou énergique avec lui. Ainsi, il acceptera aisément la pression des autres et se sentira envahi en permanence.
Par ailleurs, quand il en aura assez de se sentir comme un « paillasson », sur lequel les autres s’essuient, sa grandiosité cachée en lui éclatera. Il lancera alors un violent et pulsionnel assaut verbal ou physique sur sa victime, habituellement quelqu’un de plus faible. Comme cette action n’est pas dans son habitude, ses assauts surprendront les autres qui ne peuvent qu’être mal préparés à les recevoir.

Comment dépasser le héros ?

Dans les sociétés anciennes, le premier rituel de passage se faisait dès les premiers intérêts sexuels, au début de la puberté. C’était l’âge de la première initiation, un passage dans lequel il fallait surmonter ses propres limites à travers la souffrance, la peur, la solitude ou la douleur. Ceci afin d’apprendre l’humilité face à la perte pour passer de la condition de garçon à celle d’homme. L’initiation est une mort symbolique, car n’est qu’une fois la perte et ses conséquences expérimentées que l’on apprend et que l’on devient un homme, que l’on atteint la virilité. Robert Bly appelle cela la « Descente ». Elle prend trois formes distinctes : suivre la route des cendres, apprendre à trembler et passer du mode maternel au monde paternel.
Ce n’est qu’après cela, lorsque nos rêves de grandeur et illusions ont été réduites à l’état de cendres, que nous avons été confronté à nos peurs profondes qui nous vont faire percevoir la fragilité de notre condition, et que le temps rituel de l’initiation est venu pour nous faire sortir du giron maternel afin d’aller en « terre inconnue » paternelle, qu’après avoir gouté à sa propre chute que le garçon devient un véritable homme. 

Ce que le héros fait est justement de mobiliser les structures délicates de l'ego du garçon pour lui permettre de rompre avec la mère et de faire face aux tâches difficiles que la vie commence à lui assigner. Les énergies héroïques font appel au potentiel masculin du garçon, qui sera raffiné au fur et à mesure qu'il mûrit, afin d'établir son indépendance et sa compétence, lui amenant le calme intérieur, la vision claire et la compassion. Le héros jette le garçon contre les limites, contre ce qui est apparemment insoluble, il l’encourage pour qu'il puisse expérimenter ses propres capacités de réalisation, en se testant contre les forces difficiles, voire hostiles, dans le monde. Il lui permet d'établir une tête de pont contre le pouvoir accablant de l'inconscient (le féminin profond, la mère). Le héros permet au garçon de commencer à s'affirmer et de se définir comme distinct de tous les autres, de sorte qu'en fin de compte, en tant qu'être distinct, il peut revenir vers eux pleinement.

Mais quelle est la fin du héros ? Presque universellement, dans les légendes comme dans les mythes, il meurt, se transforme en dieu et est amené au Ciel. Symboliquement, la mort du héros est la mort de l'enfance, de son ego enfantin plein d’illusions. Le garçon meurt à l’enfant qu’il était : Face l’ennemi qu’il rencontre, il contemple son propre côté obscur, son côté non-héroïque, et s’aperçoit que l'ennemi est lui-même. Il a combattu le dragon et en a été brûlé. Cela lui ouvre la porte du chemin de la sagesse qu’il devra parcourir tout au long de sa vie pour arriver à mettre le dragon à terre comme Saint Georges. Le héros a vaincu la Mère et s'est rendu compte de son incapacité à aimer la princesse pleinement. L’initiation lui montre juste la prochaine étape, qui sera de devenir un homme, capable de vivre le féminin et le masculin à l’intérieur comme à l’extérieur de lui.
À cet égard, notons un instant la nature héroïque de notre culture occidentale.  On peut penser au mythe du cavalier solitaire, qui repart à l’horizon après son exploit, en incarnant le fantasme féminin de l’adolescente (femme immature), alors qu’une femme vat rechercher un homme mature qui s’implique au quotidien (enfants, foyer …). D’ailleurs dans les légendes médiévales, on nous dit rarement ce qui arrive une fois que le héros a tué le dragon et épousé la princesse. Nous n'entendons pas ce qui s'est passé après leur mariage, parce que le héros, en tant qu'archétype, ne sait pas quoi faire avec la princesse une fois qu'il l'a gagnée. Il ne sait pas quoi faire quand les choses reviennent à la normale. Tout cela n’est qu’une étape, ouvrant en lui la conscience de sa quête spirituelle, car la mort symbolique du héros/adolescent signale la rencontre d'un garçon ou d'un homme avec la vraie humilité. La vraie humilité se compose de deux choses : La première est de connaître ses limites, et la seconde, est d’être capable de demander et obtenir l'aide dont nous avons besoin. Ce passage marque la fin de sa conscience héroïque.

Mais cette mort est aussi la renaissance à sa virilité et à la psychologie de l'homme. Le garçon revient de l'épreuve en intégrant le monde masculin adulte. Certes son chemin d'homme commence juste, les épreuves lui ont permis d'entrevoir le long chemin qui s'est ouvert devant lui, mais il pourra désormais les partager avec les siens en tant que pair, et plus tard aussi en tant que père. Voilà la réelle différence entre l’archétype du héros (l’adolescent) et celle du guerrier mature (l’homme).

Si nous accédons à l'énergie du héros de manière appropriée, nous serons poussés contre nos limites. Nous devrons nous aventurer aux frontières de ce que nous pouvons être comme des garçons, et de là, si nous sommes capables de faire la transition, nous serons préparés à incarner la virilité. Actuellement, pour ne plus glisser dans un chaos inconscient, il me semble que nous avons besoin d'une grande renaissance de l'héroïque dans notre monde, de ce courage spirituel d’aller oser affronter ses ombres pour trouver l’humilité et la sagesse inhérent au déploiement de notre puissance. Il est nécessaire que les pères ou les anciens (les hommes qui ont fait le chemin) prennent leur responsabilité afin d’amener, à travers des initiations rituels, l’enfant à dépasser sa condition de héros pour devenir un homme véritable.

 

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