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Le mannequin challenge

Publié dans Inconscient collectif le 04/09/2016 par Ludovic Merlin
Un phénomène est une chose ou un fait perceptible du monde physique ou psychique qui se manifeste elle-même. Le mannequin challenge en est un des derniers à être apparu.

Le mannequin challenge : un phénomène social qui arrête le monde !!

 

Voilà, me direz-vous, un sujet bien loin de ce que propose habituellement ingayati. Aujourd’hui, il n’est point question de qi gong, de tai chi chuan, d’étude de soi, d’ancrage, de verticalité ou d’une quelconque notion d’énergétique, mais d’un vulgaire phénomène social venu d’internet et des réseaux sociaux. La dernière mode de ce monde de l’image et de la superficialité : une futilité de plus ? Pas si sûr.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un phénomène social ?

Un phénomène est une chose ou un fait perceptible du monde physique ou psychique qui se manifeste elle-même. Il peut aussi représenter une fonction, plus particulièrement une fonction cognitive, qui dans son opération, saisit ce qui constitue le phénomène comme tel. Par ailleurs, il existe des agrégats d’êtres humains, que l’on appelle groupes ou sociétés. Certains sont durables, comme des nations, d’autres éphémères, comme des foules, mais quelles que soient la grandeur et la forme de ces groupes, ils présentent tous ce caractère qu'ils sont formés par une pluralité de consciences individuelles, agissant et réagissant les unes sur les autres. La question est de savoir si, parmi les faits qui se passent au sein de ces groupes, il en est qui manifestent la nature du groupe en tant que groupe, comme des attributs généraux de l’humanité, et non pas seulement la nature des individus qui les composent. Donc par définition, le fait social se transforme donc en phénomène, ou comportement, lorsque ce dernier devient suffisamment fréquent pour être dit régulier, et suffisamment étendu pour être qualifié de collectif, c’est-à-dire au-dessus des consciences individuelles.

L’existence de tels phénomènes est évidente, tout le monde aura remarqué qu'une foule, une assemblée ne sent, ne pensent et n'agit pas comme l'auraient fait les individus isolés ; que les groupements les plus divers, une famille, une corporation, une nation avaient un "esprit", un caractère, des habitudes comme les individus ont les leurs. C’est l'ensemble des habitudes collectives. Parmi ces habitudes il en est de différentes sortes. Les unes appellent la réflexion par suite de leur importance même. On en prend conscience et on les consigne dans des formules écrites ou orales qui expriment comment le groupe à l'habitude d'agir, et comment il exige que ses membres agissent. Ces formules impératives sont les règles du droit, les maximes de la morale, les préceptes du rituel, les articles du dogme. Les autres restent inexprimées et diffuses, plus ou moins inconscientes. Ce sont les coutumes, les mœurs, les superstitions populaires que l'on observe sans savoir qu'on y est tenu, ni même en quoi elles consistent exactement. Mais dans les deux cas, le phénomène est de même nature : Il s'agit toujours de manières d'agir ou de penser, consacrées par la tradition et que la société impose aux individus. Ces habitudes collectives et les transformations par lesquelles elles passent incessamment, voilà l'objet propre de la sociologie.


Les phénomènes sociaux ne sont donc que la matérialisation de l’inconscient collectif de l’espèce humaine. Tout comme le mannequin challenge, ce nouveau phénomène ultra viral, ils incarnent à mon sens le besoin actuel et profond du collectif mondial.
 

Les phénomènes sociaux, la soupape de l’homme contre le conformisme étouffant ?

Pour bien comprendre, revenons sur les phénomènes qui ont émergé depuis 2003, car bien avant le mannequin challenge, nous avions déjà pu observer les flash mob.

Une flash mob, (littéralement mobilisation ou foule éclair) est le rassemblement d’un groupe de personnes dans un lieu public pour y effectuer des actions convenues d’avance, avant de se disperser rapidement. La caractéristique de ce phénomène est la convergence rapide d’individus à priori sans lien préalable (Le rassemblement étant généralement organisé au moyen d’internet et les participants ne se connaissent pas pour la plupart), puis la disparition tout aussi rapide des participants. L'impression d'improvisation et le facteur de surprise pour les spectateurs en sont les éléments clés. Ce phénomène a commencé début 2003 aux Etats-Unis lorsque des personnes prirent connaissance par internet d’événements organisés par une personne ou un groupe nommé le « Mob Project », et prévus à New-York. La première flash mob qui devait se dérouler dans un magasin, ne put avoir lieu car les forces de l’ordre qui avaient été averties du projet, avaient investi les lieux et effrayèrent les participants. Pour le deuxième essai, le 3 juin 2003, les organisateurs évitèrent ce problème de foule envoyant d'abord les participants dans des zones d'attente où ils devaient recevoir des instructions sur le lieu final et l’événement juste avant qu’il commence. Environ deux cents personnes convergèrent ainsi vers le neuvième étage d’un grand magasin, au rayon des tapis. 

Quelle en était la finalité ?

De par leurs natures incongrues, imprévues et fortement originales, les flash mob permettent un déclic, un réveil soudain des spectateurs. Comme si l’âme humaine globale sentait le besoin urgent que chaque individu sorte de la matrice, ce moule énergétique collectif, qui jusqu’alors était figé, acquis et immuable. Quelque chose se passe devant leurs yeux, qui casse l’habitude afin de les amener dans des espaces inconnus à l’intérieur d’eux. Ce qui se passe les touche, les fait vibrer, interagit avec leur réalité quotidienne trop souvent fataliste et soumise à la morosité ambiante. Comme des commandos de la conscience, ou des atomes lumineux, les personnes surgissent, frappent en vivant une co-création momentanément, puis disparaissent, se désassemblent pour retourner dans le flux de la vie normale. Aucun participant n’étant plus important que les autres en fin de compte. 

De simple phénomène social permettant de réanimer la conscience, les flash mob ont évoluées depuis 2007 vers d'autres voies, les freeze mob, ou mobilisation gel, dans lesquelles tous les participants restent figés pendant un court laps de temps. La première freeze mob en France a été organisée en mars 2008 et a réuni plus de 3 000 participants au Trocadéro. La même année une autre s'est tenue dans Lyon, avec au même moment 200 participants dans le centre commercial de la Part Dieu, 400 participants dans la rue Victor Hugo, 300 sur la place Saint Jean et 300 sur la place de la République. En décembre 2009, le collectif Dirty Est, regroupant de jeunes Parisiens adeptes et passionnés d'art urbain, lance une variante originale de flash mob, le dirty-freeze. Ce rassemblement éclair consiste à se figer dans les couloirs des transports en commun en faisant semblant de faire des graffitis dans l’ensemble d’une station, et peut être le message d’un mécontentement qui fait appel à la non violence puisque aucune dégradation n’est produite. Dès lors, la freeze mob devient un élément de contestation pacifique, sans action mais soutenant une certaine idée de désobéissance civile.

 

En février 2012, une freeze mob a eu lieu sur le quai transversal de la Gare Montparnasse à Paris. Elle a duré 11 minutes en préambule d'une flash mob de danse. Elle a réuni 500 participants, dont 300 danseurs.

Désormais depuis octobre 2016, nous devons aussi compter avec le mannequin challenge, dans lequel les participants figurent immobiles comme des mannequins sur la chanson Black Beatles de Rae Sremmurd. L'idée reprise lors de la campagne présidentielle américaine, tout comme par de nombreuses célébrités en fait un phénomène mondial qui se développe tel un virus pour contaminer tout le collectif. De phénomène inattendu et surprise, la freeze mob se transforme désormais en mannequin challenge pour se mettre  en scène, regroupant parfois plus de 1000 personnes. De phénomène alternatif, il devient une référence du groupe et invite chacun à participer. 

Retour à la présence intérieure

N'est-ce pas là un signe, un message de l'inconscient collectif et de son besoin d'intériorité ? Enfin une opportunité de rompre avec nos habitudes nocives ! Dans le monde de l'écran dans lequel nous sommes assujetis, rivés à notre smartphone, aux télévisions dans les bus, les kebab, les bars, ou les magasins, qui a encore la patience d'être simplement présent à lui-même. Les gens n'attendent plus, ne sont plus ni en relation entre eux, ni avec eux-même, mais pianotent sur leur portables, surfent sur internet, facebook, twitter, instagram, tinder, whatsapp...  
Le mannequin challenge permet ainsi de leur faire vivre une courte pause dans le fractionnement quotidien de leur attention, pour les ramener en eux par un temps méditatif qu’ils ne peuvent retrouver ailleurs. Pour une personne qui ne s'intériorise jamais, ces quelques minutes d'écoute de soi et de présence ne peuvent être que bénéfiques. Elles permettent d'arrêter la dispersion, de retrouver un semblant de présence, pour ouvrir ne serait-ce qu'un court instant la porte vers son intériorité. 

 

 

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