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Retrouver le chemin du masculin sacré

Publié dans Sagesse le 27/01/2017 par Ludovic Merlin
Notre société change à grands pas. L'homme d'aujourd'hui semble perdu, car ses repères disparaissent et les anciennes traditions familiales n'ont plus de sens. Il doit désormais pouvoir équilibrer sa force et sa sensibilité sans perdre sa virilité en chemin.

Retrouver le chemin du masculin sacré

Notre société est en crise, et chacun dans sa vie, comme dans sa fonction sociale, cherche du sens. Sens à sa vie, sens de sa fonction, sens dans les liens sociaux, sens sur sa place dans l’univers, sens de sa place dans le groupe familial …

Notre société est en crise car elle a perdu le sens du sacré. Pas le sacré religieux et dogmatique, qui s’interprète seulement comme une croyance en divinités diverses, mais bien le sacré relié à la transcendance, vécu comme une expérience qui nous relie à l’infini. Celui qui reste à priori impossible à définir et mystérieux par nature. En nous connectant à ce monde sacré et non intelligible, un phénomène se crée, qui permet l’authentification de l'homme en un principe supérieur, en une énergie structurante et mythologique, qui opère de façon totalement inconsciente en nous.

Mais d’où vient cette perte de sens ? Comment avions nous pu passer de ces sociétés anciennes totalement en lien avec la nature, le cosmos, et chaque chose vivante, à ce chaos organisé et moderne, qui ne crée plus que des dépressifs suicidaires, en proie au « burn out » ? Nous ne traiterons pas ici de la perte de lien avec la nature et des centres urbains déconnectés du rythme des règnes du vivant, (ce qui serait un autre débat bien que cela soit aussi relié à la perte du sacré) mais juste de l’identité masculine qui s’est égarée en route.

Plusieurs points sont à mettre en lumière, car ils sont interconnectés : la perte de repère du masculin mature et les réactions compréhensibles des femmes face à ce vide.

La perte de repère du masculin mature

L’humanité s’est construite sur des millénaires de patriarcat, qui parfois était en lien avec un masculin déséquilibré ou juste incomplet. Un masculin immature certes, qui prônait une hiérarchie entre hommes et femmes, mais qui avait encore des rituels qui permettaient de structurer la psyché masculine. Car c’est bien un devoir attribué aux hommes que d’éduquer leurs fils, nous verrons plus loin pourquoi. Lancée sur la voie technique et scientifique, notre époque moderne a vu la perte de tous les rites de passages et rituels initiatiques liés au masculin. Après la fin du service militaire, dernier pseudo-rituel encore actif, qui peut encore définir ce qu’est qu’être un homme ? Est-ce être majeur, avoir une voiture, avoir sa première relation sexuelle, être autonome financièrement, avoir des enfants, … ? Qui peut le dire ? 

Il est temps de réaliser que cette défaillance, ne permet plus à l’homme de se structurer convenablement, créant même des déséquilibres dans sa psyché. Robert Bly, dans son œuvre intitulée « l’homme sauvage et l’enfant » parle ainsi de l’homme passif et de sa torpeur émotionnelle, qui même s’il chérit une certaine forme de spiritualité, peut être totalement anesthésié sur le plan affectif. L'origine de cet engourdissement du cœur se trouve dans le fait de solliciter la protection du père et sa déception quant à cela, s'il refuse de l'accorder. Par protection, il faut entendre ici un modèle de conduite à suivre, un exemple de masculin mature pour se construire sous son aile (et qui s’incarne la plupart du temps par un groupe d’homme et leurs rituels particuliers).

L’homme moderne est plus qu’absent de cette conscience et rares sont les hommes ayant été « initiés » par leur père. Cette démission, suffit à provoquer l'installation de cette sensation d’atonie. Car le garçon se tourne alors vers sa mère, et comme accepter sa protection conduit à intégrer un mode de sensibilité féminin, et qu’il veut se conduire en homme, il préfère peut-être ne rien ressentir du tout. De ce fait, la protection maternelle, louable initialement, crée le déséquilibre interne en ne pouvant se substituer à la présence paternelle.

La tête sera chaude, le sexe ardent, mais la région intermédiaire sera paralysée et la poitrine demeura insensible. Si une femme demande alors à ce garçon devenu homme : Est-ce que tu m'aimes ? Il restera coi, car il n’aura pas de gammes d'émotions pour établir des distinctions. En regardant en lui, il ne verra rien du tout. Pour cet homme déséquilibré, il lui faudra choisir entre le silence et la simulation, car lorsqu’il interroge son cœur sur ce qu’il éprouve, il ne reçoit aucune réponse. C’est pourquoi certaines femmes qui ne supportent pas les hommes qui ne savent pas exprimer ce qu'ils ressentent, vont en conclure qu'ils sont refoulés ou que leur retenue équivaut à une déclaration "négative". 

Et nous n'abordons ici qu'un des nombreux exemples de dysfonctionnements de la psyché masculine. Bien évidemment l'étude des archétypes masculins, leurs structurations et déséquilibres, permet par ailleurs d'en comprendre tous les aspects et de les intégrer en soi.

Les réactions féministes pour pallier à ce vide de masculin mature.

Ce qui s’est passé est simple. Nombreuses sont celles qui ont confondu agressivité naturelle et violence. L’agressivité est cette force de vie qui nous pousse à nous tenir debout, à lutter pour notre survie, à nous lever le matin pour être actif, c’est une énergie vitale, fonctionnelle qui nous permet de nous défendre. Certes si elle est mal employée, sans conscience, cela devient de la violence.

Après les horreurs des guerres mondiales du siècle dernier, amorcées par des hommes immatures, les femmes voyant la tournure du désastre, ont voulus changer cela, par bienveillance et sagesse. Après l’essor des mouvements féministes d’après-guerre, notamment avec la parution en 1949 de l’essai « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir, ce sont elles qui vont élever leurs garçons, en leur faisant porter une sorte de culpabilité sous-jacente à utiliser leur énergie masculine d’agressivité. Mais de vouloir absolument convaincre que la masculinité est mauvaise et que seules les femmes peuvent incarner l’amour, la douceur, la parentalité fut une erreur qui enfonça encore un peu plus les hommes dans le brouillard. La critique féministe oublia que les millénaires de patriarcat n’étaient que la représentation de l’immaturité du masculin. 
L’intention était louable, mais sans rituels de passage et sans modèles masculins équilibrés, elles façonnèrent l’amalgame entre la violence de l’homme immature et l’agressivité de l’homme équilibré. Une distinction que seuls les pères peuvent enseigner pleinement avec sagesse et maturité.

Depuis plus de cinquante ans maintenant, la thématique du féminin sacré est abondamment traitée, et c’est une grande réparation et une avancée de la conscience qui est exprimée dans la psyché humaine. A cause des ruptures dans la transmission de pères en fils au fil de l'histoire, les hommes se retrouvent aujourd'hui comme orphelins de valeurs masculines. 

Il est donc temps aujourd’hui d’aborder la psychologie masculine et le lien au masculin sacré pour continuer à avancer vers encore plus d’harmonie. Le moment est venu pour les hommes de se regrouper afin de créer les repères de l’identité masculine, par des cercles, des rituels ou d’autres évènements.

Qu'est-ce qu'un cercle d'homme ?

Un cercle d'homme est un concept ancestral et intergénérationnel. Il nous permet d’entrer en résonance les uns avec les autres et de nous reconnecter intimement à l’essence de notre masculin, qui a été négligé ou dévalorisé durant des générations. 

C'est d'abord un groupe d'hommes, qui se réunissent en cercle, pour se retrouver et échanger. Dans un cercle chacun est vu et voit les autres à égalité, fraternellement. C'est un lieu de partage, d'écoute, de respect, dans lequel il n’y a ni séduction ni compétition et où les témoignages permettent d'enrichir le groupe entier, car nous sommes tous reliés. La richesse du capital d’expériences que représente le cercle, le transforme en lieu de transfiguration collective : la masculinité cesse d’être une norme pour se reconnaître dans une co-construction dynamique.

Le cercle va permettre de découvrir plusieurs choses.

Un espace sacré, dans lequel chacun est libre de s'exprimer. Les mots partagés libèrent et ouvrent notre regard sur le monde. C'est un rendez-vous avec soi. La confidentialité du cercle permet à chacun de déposer la sincérité de ses ressentis, sa souffrance, ses questionnements, juste de dire avec ses mots où il en est en tant qu’homme.

L’apprentissage de la relation à travers l’écoute profonde, car ici pas de débat, une personne parle et les autres l’écoutent. Ainsi chacun peut être reconnu en tant qu’homme par d’autres hommes. Seule la reconnaissance authentique et sincère d'autres hommes permet à chacun de comprendre qui il est, de se guérir et de se transformer afin d'incarner le masculin bienveillant. Cela aidera les hommes à lâcher la performance et la surpuissance et se sentir en harmonie avec soi-même.

Le cercle devient un groupe d'hommes, un clan, une tribu... c'est une force puissante, profonde, humaine, structurante ... un support de transformation qui permet de se réaliser.

La force du masculin sacré

De nombreux hommes ne savent plus comment se positionner aujourd’hui, au sens masculin du terme, tant ce dernier porte en lui les stigmates des luttes profondes avec le féminin. Aujourd’hui, l’homme se doit d’affronter sa grande blessure, ne plus rester dans cette dualité masculin/féminin et revenir au centre de sa puissance originelle. 

Pour que notre civilisation devienne pleinement éveillée, consciente et aimante, les anciennes structures patriarcales sont amenées à disparaître et les hommes à retrouver en eux cette puissance masculine. Ne plus avoir peur son essence profonde, cet élan d’agressivité et de puissance allié à une sensibilité profonde inhérente à chacun, pour la mettre au service de l’intérêt du groupe, et savoir l’enseigner à leurs fils avec bienveillance.

Le temps est venu de trouver des re-pères, de connaître ses vrais besoins, pour renaître à ses potentiels et être à sa juste place dans la famille, comme dans la société. D’enfin admettre que notre devoir est d’incarner pleinement ce masculin, de passer du sauvage au sacré, pour se tenir debout et manifester son essence divine par la conscience.

 

 

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